10 mois. À Paris. Pour voir si Paris bat toujours la mesure. Et comment elle battra la mesure de mes émois. Pour voir quelle chanson s'envolera dans le ciel de Paris. Pour voir si Paris s'éveille à 5 heures. Pour voir si je saurai écrire sur Paris sans chansons.

Thursday, September 22, 2005

Histoires de famille

Je suis allé à l’aéroport Charles-de-Gaulle ce matin. C’était pour accompagner ma grande-tante, la sœur de ma grand-mère maternelle, qui partait au Cambodge. Mon grand-père y est décédé il y aura un an au mois de novembre. Elle n’a pas pu y être pendant les cérémonies des 100 jours, alors c’est juste maintenant qu’elle peut. Au Cambodge, lorsque quelqu’un (d’important?) meurt, pendant les 100 jours suivants sa mort, on honore cette personne par des rituels traditionnels, des jours de prières, des rassemblements familiaux. Pour les funérailles de mon grand-père, on a même organisé un impressionnant défilé dans les rues avec des chars allégoriques recouverts de fleurs. Pour un homme qui n’était pas un personnage ni publique ni très connu à ce que je sache. Juste un homme qu’une famille aimait et respectait. Le patriarche d’une famille cambodgienne.
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Ça me fait penser à quelque chose… Il faudrait que je regarde les vidéos que ma mère a rapporté des funérailles. J’y avais jeté un coup d’œil peu intéressé, mais je me rends compte maintenant que ce serait peut-être important de les regarder. Moi, le cambodgien.
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Je n’ai jamais connu mon grand-père, tout comme le reste de ma famille au Cambodge. Quelques lettres ici et là quand j’étais enfant, des courts échanges en khmer au téléphone (bonjour grand-père… euh… je vous repasse maman…), mais surtout, sa mort. Encore aujourd’hui, je ne sais pas trop comment et où me placer devant ça. Ma sœur et moi sommes les deux seuls petits-enfants que mon grand-père n’ait jamais eu la chance de voir. Là, il y a ma sœur qui est au Cambodge pour quelques mois dans le cadre d’une action humanitaire. Ma mère m’a dit aujourd’hui au téléphone comment ma grand-mère est constamment fixée à son regard, cherchant à reconnaître cette petite-fille qui ne lui est jamais apparue comme étrangère. Moi, pendant un temps, mes grands-parents, ma famille au Cambodge, c’était de purs étrangers. Maintenant, je vois plus clair avec ce que je vis depuis un an.
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Ma grand-mère se remet très lentement et difficilement d’une maladie x. En novembre, cette maladie avait paralysé la moitié de son corps et on appréhendait le pire. Mon grand-père, son inséparable compagnon, était à son chevet et ma grand-mère lui interdisait de se séparer d’elle. Je lui ai écrit un petit mot de réconfort. Mon grand-père le lui a lu en français et il rigolait parce que je le tutoyais. C’était le matin même avant qu’il ne parte… Mon seul contact avec eux depuis des années… Il était en bonne santé pourtant. On dit que c’est la douleur de voir sa femme souffrir qu’il l’a fait mourir… je ne sais pas… c’est troublant quand j’y repense.
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Mon sentiment familial connaît une renaissance ici, à Vauréal, dans la banlieue parisienne. Je « me lie de familiarité » avec des tantes, des oncles, des cousins et cousines dont je ne doutais même pas l’existence. Je disais dans le message qui n’a jamais pu être publié sur le blogue que je resterais bien ici dans cette ambiance familiale encore quelques longtemps si ce n’était pas des formalités à faire à Paris. Je m’amuse beaucoup avec tous mes petits cousins et cousines. J’habite chez Adeline, Delphine et Steven, mais Iana, Lili, Élodie, Tom et compagnie viennent constamment. Nous soupons souvent à 3-4 familles. C’est ça, la famille cambodgienne. J’adore.
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Le fait d’être ici, entouré de ma famille, m’inspire des pensées qui dans d’autres circonstances seraient vides de sens. La notion de famille, avec ses bases de solidarité, de générosité, de bienveillance, « d’inconditionnalité », de chaleur, m’apparaît comme un nouvel élément important dans ma vie.
Je ne sais pas comment je serai reconnaissant à ma famille. Je me pose la question. Je tâcherai d’y répondre avant de partir.

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